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mon ami, le peintre Robert Malaval
Après un mois de mai 68, vécu dans la pure excitation mentale, sensuelle, et pas mal d'incrédulité (aucun engagement dans aucun groupuscule, trop de dévots passant du catéchisme libéral au maoïsme le plus intransigeant, professeurs devenant fanatiques, etc. pour ne pas m'inspirer une méfiance que l'avenir n'a pas détrompée), fin des études : Diplôme de Sciences Politiques, Maîtrise de Linguistique générale, traduction du premier livre de Chomsky en France, Structures Syntaxiques, qui me permet d'entrer comme assistant d'édition aux Éditions du Seuil et de gagner, mal mais avec enthousiasme, ma vie. C'est l'époque où l'on croise, rue Jacob, Roland Barthes et Jacques Lacan, Philippe Sollers et Jean-Edern Hallier, sous l'oeil gaullien de Paul Flamand, le co-fondateur de la maison avec Jean Bardet.
Dix ans s'écoulent sans écrire, à vivre l'époque qui n'est pas triste dans les années soixante, à boire, fumer, courir la gueuse, écouter Mozart et Bowie, rêver d'un livre nébuleux, toujours remis au lendemain. Je m'installe quelques années en communauté avec des amis qui se donnent du « camarade », place des Vosges où l'on peut encore habiter sans être riche ni antiquaire. On parle d'amour et d'avenir, pas de perversion et d'insécurité. Dernière génération d'avant la fin (provisoire) de l'Histoire. Bientôt le suicide de mon ami le peintre Robert Malaval sonnera le glas d'une décennie de paillettes inoubliable.
MB © 2005 - braudeau@aol.com